Son métier à elle, c’est être derrière la caméra, tendre le micro, faire des montages… pour comme on dit dans son jargon : mettre en boite les sujets ! Parallèlement à cela, à travers les chaînes de radio et de télévision, sa voix nous présente les actualités africaines dans un style magazine très « Rock n’ Roll & Punch » qui a fait sa signature.

En plus d’être parfaitement bilingue (français et anglais), elle s’exprime dans les langues de chez elle qui sont : le Haoussa, le Sonrai, le Djerma et aussi le Wolof  comme autre langue africaine.

La renommée de cette grande figure du journalisme africain a dépassé les frontières du continent, et non pas parce qu’elle est une femme ! Le reportage de guerre dans les pays qui vivent des crises socio-politiques, elle en fait aussi son affaire.

Mata MAIGA SANE, et, il s’agit bien d’elle, a bien voulu passer devant le micro de Labs.Café-Live. Nous allons démarrer ce magazine avec ce reportage radiophonique sur la manifestation des commerçants des grands marchés de la ville d’Abidjan en Cote d’Ivoire, réalisé par notre invitée.


Mata MAIGA : Bonjour à tous et merci pour cet entretien. Je suis native du Niger et du Mali et j’ai près de vingt années d’expérience professionnelle dans mon domaine qui est celui des médias. Pour vous résumer mon parcours: j’ai travaillé sein de la mission de paix des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI). J’occupais le poste de productrice Radio et Vidéo de la Radio ONUCI FM. Je couvrais les activités de la mission, réalisais et présentais des flash infos, des magazines par exemple le Journal des élections.

Avant ce poste à l’ONUCI, j’ai assumé les fonctions de directrice régionale du WADR (Radio de la démocratie de l’Afrique de l’Ouest), qui est un projet porté par Open Society pour l’Afrique de l’Ouest (OSIWA), de la fondation George SOROS pour l’Afrique de l’Ouest.

Le WADR est une radio trans-territoriale qui cherche à faciliter les échanges et le développement de l’information entre les pays de la CEDEAO, plus particulièrement entre les pays de la rivière Mano
tels que le Libéria, la Sierra Leone et la Guinée-Conakry. Le siège est basé à Dakar au Sénégal.

J’ai véritablement démarré ma carrière au Sénégal. D’abord à SUD FM (une station de radio commerciale privée) en tant que journaliste reportrice, puis j’ai intégré le groupe RACECO dont les activités portent sur la production audiovisuelle pour les médias Radio et Télévision, aussi pour sa chaîne de télévision Ouest-TV. Avec l’avènement de l’internet le groupe a créé sa télévision en ligne.

Les magazines que j’ai réalisé au cours de ma mission chez RACECO sont très connus sur le continent et à l’international, notamment :

WARI, un magazine économique mensuel produit pour le compte de la chaîne de télévision francophone internationale TV5, basée à Paris en France.

Le magazine bi-mensuel des organes de l’Union Économique et Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA) dénommé Espace UEMOA,

IMPACT ECOWAS, un magazine d’information bilingue hebdomadaire, produit pour le Secrétariat exécutif de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Labs.Café-Live : la femme peine toujours à faire reconnaître ses compétences dans les domaines dits “réservés aux homme”. Le documentaire intitulé «Une femme policière en mission avec les Nations Unies» réalisé par notre invitée, nous parle du sujet sans langue de bois.


Labs.Café-Live : Quel est votre actualité du moment ? Sur quels projets travaillez-vous ?

Mata MAIGA : Je suis aujourd’hui en mode entrepreneuriat. Je suis directrice générale d’une agence média ATITO Production que j’ai créé depuis fin 2017, après ma mission auprès de l’ONUCI.

ATITO Production est une société de production audiovisuelle, basée en Côte d’Ivoire, qui fédère une équipe de journalistes, de photo-journalistes, de réalisateurs, de producteurs et de techniciens, exerçant depuis de nombreuses années dans la communication audiovisuelle. Nous mettons en place des équipes de tournage, de montage pour réaliser des reportages (couverture d’événement, interview…), des documentaires, de films institutionnels, films produits (publicité), des courts métrages, des clips vidéo, des captation de concerts etc. Nous réalisons également des films animés (animations 3D, images de synthèse).

 

Labs.Café-Live : Fini les reportages de guerre ?

Mata MAIGA : Il est bien de rappeler que je ne travaillais pas que sur les sujets de la guerre. Si je suis aujourd’hui catégorisée comme reportrice de guerre, c’est parce que je suis presque la seule journaliste africaine à avoir couvert la crise post-électorale en Côte d’Ivoire. Contrairement à la vision populaire, les journalistes ne se bousculent pour être présent sur ce terrain là ! Ceci pour dire que nous n’étions pas nombreux à assurer la couverture médiatique de cette crise. Alors, mes images font partie des films sur le sujet qui ont fait le tour du monde et qui font partie des films que tous les médias, réalisateurs continuent à exploiter…

Bien que ce soit fort éprouvant à réaliser : à cause des actes de violences inouïes à filmer, du climat d’insécurité, des conséquences sur la santé des reporters… le reportage de guerre est un paysage journalistique difficile à laisser de côté. Les conflits, les attaques terroristes, les représailles violentes constituent malheureusement les vécus de nombreuses populations. C’est aussi notre métier d’en parler.

Labs.Café-Live : Quelle est la clientèle ATITO Production ?

Mata MAIGA : Les organisations internationales telles que la Cour Pénale Internationale en Côte d’Ivoire (CPI / CI), ONU-FEMMES, RH Excellence Afrique ; les entreprises et les médias en Afrique et en Europe font partie de notre clientèle. Nous accompagnons aussi avec des porteurs de projets indépendants.

Labs.Café-Live : Quel message pour les jeunes diplômés qui souhaitent créer ou intégrer une agence qui offre des services tels que les vôtres ?

Ce n’est pas un travail de sédentaire, la vie d’un reporter est rythmé par les déplacements. Être sur le terrain, c’est être au bureau. Chez ATITO Production, seul le personnel administratif a des horaires fixes. Pour nous autres journalistes, photo-journalistes, producteurs, réalisateurs, graphistes, infographistes, techniciens techniciens etc. la journée commence avec le projet à réaliser et se termine lorsque le projet est mis en boite (cad bouclé). Cette règle s’applique aussi à moi.

Le métier de reporter s’apprend au quotidien. Il faut travailler sa diction en se filmant comme le font les acteurs. Il faut apprendre à écouter, à animer des débats, à orienter les discussions.Il faut aussi s’approprier l’usage des nouvelles technologies de l’information pour rendre une production de qualité.

Labs.Café-Live : Votre mot de la fin ?

Mata MAIGA : J’encourage la société MADEN, particulièrement sa directrice générale, Madame Mariétou Soumahoro, à poursuivre ce projet qui contribue à bâtir des parcours professionnels. J’invite la jeunesse africaine à investir ce réseau qui vise également à faciliter leurs insertions dans le monde du travail.

Merci à l’équipe du Labs Café live pour cet entretien.

Le Labs.Café-Live vous remercie également. Nous achevons cet entretien avec ce grand reportage sur la fin du mandat de l’ONUCI, réalisé par notre invité. Quant à vous chers lecteurs nous vous donnons rendez-vous, la semaine prochaine avec un nouvel invité pour la Tribune des Chef (fes) d’entreprise.