Il est des lieux où le temps ne se compte pas, où les savoir-faire ancestraux et les techniques modernes s’allient pour donner vie aux mobiliers, aux tissus, aux objets de décoration, aux bijoux, aux accessoires de mode, aux chaussures… où la création artistique trouve sa place.

Ainsi va la vie au village artisanal de la ville historique de Grand-Bassam, situé à une quarantaine de kilomètres à l’est d’Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire.

Des œuvres de menuisiers, de vanniers, d’ébénistes, de rotiniers, de ferronniers, de bronziers, de bijoutiers, de potiers, de céramistes, de maroquiniers, de cordonniers, de tisserands, de teinturiers / coloristes, de tapissiers, de couturiers et d’artistes peintres sont exposés le long de la voie express qui mène à l’entrée de la ville.

Ce marché de l’artisanat, Juliette Yasmine MENSAH le connaît bien. Elle y a appris vers l’âge de dix ans à discuter avec les artisans, échanger sur leurs arts, leurs techniques, leurs inspirations… et le jeu de marchandage des prix !

Née à Dakar au Sénégal, notre invitée du jour a grandi à Abidjan, puis s’est installée à Paris en France pour ses études universitaires.

Près de deux décennies se sont écoulées. La jeune femme revient cette fois au village artisanal de Grand-Bassam avec un projet en tête. Munie d’une caméra elle filme les mains qui confectionnent avec adresse les œuvres mises en vente dans des stands en bois et en branches de palmier.

Elle engage des discussions, noue des contacts, réseaute tout en faisant ses achats. D’heure en heure, le temps passe et se perd dans le lointain… les idées affluent, le lancement du projet dénommé CEEDOW se précise et s’organise. Des rendez-vous sont pris et un calendrier voit le jour.

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Avant d’en savoir plus sur ce projet, nous allons faire connaissance avec notre invitée.

Labs.Café-Live : Bonjour Juliette Yasmine MENSAH, merci d’avoir répondu à notre invitation. Une question pour commencer : entre le J comme Juliette et le Y comme Yasmine, quelle lettre pour vous nommer ?

Juliette Yasmine MENSAH : Bonjour à tous, merci pour cette invitation. La réponse à votre question est les deux ! Mais pour les intimes c’est Mina.

Labs.Café-Live : Pouvons-nous partir sur Mina ?

Juliette Yasmine MENSAH : Allons-y !

Labs.Café-Live : Merci. Que peut-on retenir de votre parcours ?

Juliette Yasmine MENSAH : J’ai commencé par obtenir un DUT Carrières Juridiques, spécialité juriste d’entreprise à l’Université de Picardie Jules Verne (UPJV), puis une Licence en Banque et Finance à l’Université Paris Descartes. Par la suite un Master 2 en Gestion du patrimoine à l’ICD Business School Paris – Toulouse, Dublin, Shanghai, enfin, un Mastère Spécialisé Manager Marketing Data & Commerce électronique à SKEMA Business School. Voilà pour les études !

Au plan professionnel, après mon DUT, j’ai intégré un Cabinet d’Étude Notarial, puis je me suis inscrite dans un programme de stage alterné ce qui m’a permis de poursuivre mes études en Licence et en Master tout en travaillant en alternance pendant quatre années dans le secteur des finances précisément dans une Banque Française en qualité de conseiller Financier et conseiller Patrimonial. À la fin de ce programme, j’ai intégré une autre Banque où j’ai exercé près de quatre ans.

Toutefois, ce parcours ne m’a jamais éloigné de ma passion pour les arts et l’artisanat d’art africain en particulier. La passion des cultures de l’Afrique, de ses artisans m’a happé depuis l’enfance. Comment contribuer à la valorisation de ces savoir-faire à l’étranger ? Comment permettre aux artisans d’accéder à d’autres marchés ? Sont des questions qui ont commencé à tourner en boucle dans ma tête depuis 2016. Au fil de mes réflexions, la mise en place d’une plate-forme B2B / B2C visant à développer des relations d’affaires entre les artisans africains et les créateurs des autres continents a pris forme. D’où cette formation que j’aie entrepris en 2018 pour acquérir un Mastère Spécialisé Manager Marketing Data & Commerce électronique et le poste de Digital Project Manager occupé au sein d’un groupe d’assurance au cours de ces deux dernières années.

Labs.Café-Live : Vous êtes en Côte d’Ivoire pour préparer le lancement de la phase pilote de votre projet dénommé CEEDOW. Qu’est-ce que CEEDOW et quand est-il né?

Juliette Yasmine MENSAH : CEEDOW signifie en wolof « se faire partager ». Ce terme définit parfaitement l’esprit de ce projet collectif. «Semons ensemble pour gagner ensemble» ainsi se résume le concept.

CEEDOW est né des rencontres que j’ai eu avec de jeunes créateurs et designers évoluant en France, et avec des artisans lors de mes séjours en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Les premières cités (créateurs et designers) sont en quête des matériaux et de professionnels capables de transformer ces matériaux, de confectionner des articles de qualité à des coûts compétitifs. Les seconds (les artisans) aspirent à faire connaître leurs savoir-faire et à investir de nouveaux marchés. J’ai donc mené une étude de marché en allant sur le terrain.

Je me suis immergée dans les différents mondes pour comprendre les fonctionnements, les réalités et les cultures artistiques afin de créer une structure formelle pour répondre aux besoins et aux spécificités des différents corps de métier. Aussi pour les accompagner dans la transformation digitale de leurs activités.

La plate-forme CEEDOW s’adresse à deux groupes de métier : les créateurs et designers qui constituent le groupe 1, les clients et les artisans africains le groupe 2, les prestataires. À travers CEEDOW, tous pourront travailler en étroite collaboration sur une collection ou un projet artistique.

Comment ça marche ? Créateurs, designers et artisans africains s’inscrivent gratuitement sur la plate-forme à partir d’un ordinateur ou via son application mobile. Chaque membre dans son espace publie les photos et/ou les vidéos de ses réalisations et renseigne les caractéristiques de chaque article. Les Créateurs, designers disposent d’un outil de gestion de projet.

Tout créateur et designer peut commander des œuvres déjà produites par les artisans, ou lancer un appel à projet pour une production spécifique. Les artisans ciblés transmettent leurs offres au créateur qui sélectionnera le prestataire qui répond au mieux à ses attentes.

CEEDOW est également un agent contrôleur : les commandes doivent être exécutées conformément au cahier des charges et les délais respectés. Nous sommes très regardant sur la qualité du travail et la conformité des produits commercialisés via la plate-forme. La satisfaction du client est un gage de pérennité.

Labs.Café-Live: Les créateurs et designers que vous ciblez, évoluent-ils essentiellement en France ?

Juliette Yasmine MENSAH : Pas que! Nous prospectons partout, localement en Afrique et à l’international. D’ailleurs, en décembre dernier, j’étais à Abidjan avec une créatrice suédoise qui recherchait des couturiers pour l’accompagner dans son projet. Sa nouvelle collection de mode a été confectionnée à partir de la Côte d’Ivoire. Nous visons également les artisans des différentes régions de l’Afrique, cette expansion se fera graduellement en partant des pays voisins de la Côte d’Ivoire.

Labs.Café-Live : CEEDOW est-il un projet que vous portez seule ou avez-vous des associés, des partenaires?

Juliette Yasmine MENSAH : Je n’ai pas d’associé dans ce projet. Cependant après le déploiement de la version « Beta » de CEEDOW, j’ai pu n’entourer de partenaires techniques pour m’accompagner dans le développement de la plate-forme et ses outils de gestion intégrée, la conception des stratégies marketing et communication. Des spécialistes métiers m’apportent également leurs expertises. CEEDOW a été incubé par un pépite «PEPITE HESAM» basé à Paris, qui apporte l’appui financier nécessaire à son lancement.

Labs.Café-Live : Le lancement officiel est prévu pour quand ? Et quels artisans, quels types d’arts seront mis en lumière ?

Juliette Yasmine MENSAH : Les pré-inscriptions des artisans débuteront en avril. Celui des créateurs en juin et le lancement officiel se fera en septembre. Le processus d’inscription et les outils de gestion de projet ont été étudiés afin de faciliter l’usage de la plate-forme.

Le choix des artisans pour le démarrage répond à la demande des clients prospectés. Les couturiers, les maroquiniers, les ébénistes, les bijoutiers et les cordonniers seront à l’honneur. J’en profite pour lancer un appel : « nous sommes toujours à la recherche d’artisans spécialisés dans les cinq disciplines ci-dessus énumérées, qui ont un vrai savoir-faire et qui sont sensibles à la qualité et à la finition

Je tiens également à souligner qu’il ne s’agit pas que de l’art africain revisité par les créateurs des autres continents. Nous nous adressons également aux créateurs et designer locaux, qui recherchent des prestataires qualifiés ou des créateurs étrangers pour des projets de partenariats.

Labs.Café-Live : Quelles sont les garanties offertes aux utilisateurs de CEEDOW ? Et comment CEEDOW réalise son chiffre d’affaires?

Juliette Yasmine MENSAH : Les membres ne sont pas seuls face à l’inconnu. Ils sont accompagnés aussi de manière physique. Nous avons des agents dans chaque pays, nous les formons selon leur rôle. Certains sont affectés auprès des artisans, d’autres sont en liaison avec les créateurs. Car, c’est CEEDOW qui suit la réalisation des commandes, contrôle les articles et les transmet aux créateurs. CEEDOW s’assure également du respect des échéanciers des règlements. Nous sommes une entreprise de mise en relation, nous prenons une commission sur les transactions commerciales. J’invite les jeunes en quête d’emploi de prendre attache avec moi. Il y a des opportunités à travers ce projet.  

Labs.Café-Live : Les appels sont lancés, et le rendez-vous est donc pris pour le lancement de CEEDOW. Vous qui avez le goût d’entreprendre, d’autres projets en vue ?

Juliette Yasmine MENSAH : Oui, mais c’est à l’étude. J’en parlerai le moment venu. Toutefois, parallèlement à CEEDOW, je suis impliquée dans un projet familial, dans le secteur de l’hôtellerie et de l’hébergement. Nous proposons des logements meublés, des espaces de coworking et un service de conciergerie à une clientèle business qui vient en Côte d’Ivoire dans le cadre d’une mission.

Labs.Café-Live : Nous arrivons au terme de cet entretien, votre mot pour la fin ?

Juliette Yasmine MENSAH : Il va en direction de labs.femininonline. C’est un concept qui parle, car très utile notamment pour les étudiants, les jeunes diplômés, les consultants qui ont besoin de visibilité. Un besoin que cette plateforme a réussi à matérialiser. Nous les jeunes passons par les plateformes que nous connaissons tous, pour réseauter et s’exposer, mais le micro ne nous est pas tendu. L’on s’y inscrit gratuitement certes! Mais il faut attendre qu’un miracle s’opère pour se faire remarquer par un recruteur ou vendre son business. Or, sur labs femininonline, nous sommes mis en avant, l’occasion nous est donnée pour parler de nos projets et savoir-faire. Je dis bravo!

Merci Mina pour ce moment partagé et bon vent à CEEDOW! Quant à vous chers lecteurs je vous donne rendez-vous pour la semaine prochaine avec un nouvel invité. Bonne semaine à toutes et à tous !

© labs.femininonline.com